Par Dominique Laperle

Il y a quelques années déjà, j’avais beaucoup apprécié l’ouvrage de la professeure Aline Charles, Quand devient-on vieille? Femmes âge et travail au Québec, 1940-1980, publié en 2007 aux PUL. Son analyse de l’impact du genre et de l’âge sur l’histoire du vieillir et de la vieillesse ainsi que du système de santé public m’avait marqué. J’avais lu cet ouvrage dans le contexte terrible de la crise de la COVID-19 et du drame de la résidence pour personnes âgées Herron. Les médias avaient rapporté le décès d’une cinquantaine de personnes dans des conditions inouïes et une grande émotion avait frappé le public.

Je suis tombé à la fin de mars sur un véritable trésor pour quiconque s’intéresse à l’histoire sociale, celle de la santé et de la spiritualité. Pierrot Lambert n’est pas connu des historiens. Ancien traducteur actif au sein de la fonction publique fédérale, c’est un spécialiste du théologien jésuite québécois Bernard Lonergan (1904-1984) dont il a traduit de nombreuses œuvres et sur lequel il a publié une biographie (Bernard Lonergan. Introduction à sa vie et à son œuvre, 2008). Lambert alimente d’ailleurs régulièrement le site qui lui est dédié (www.lonergan.org). Enfin, il a aussi co-écrit avec son épouse, Simone Saumur-Lambert, deux ouvrages d’entretiens avec le père Benoît Lacroix (La mer récompense toujours le fleuve, 2009; Que viennent les étoiles, 2012).

Son plus récent ouvrage traite de son expérience vécue aux côtés de son épouse durant la pandémie. C’est de cette dernière dont il est question dans le livre. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle a vécu 817 jours en CHSLD, puis elle s’est éteinte. Pierrot Lambert est croyant et il ne s’en cache pas. Clairement motivé par l’espérance de sa foi, il a écrit des chroniques sur cette période et il a choisi de les publier.

Si j’en parle sur le site de la SCHEC, c’est que cet ouvrage livre justement le témoignage rare de quelqu’un dont l’agir est manifestement inspiré par le catholicisme. Pierrot Lambert a accompagné son épouse avec une grande patience, mais s’est aussi livré à une observation fine de la vie quotidienne au CHSLD. La somme que nous recevons est captivante, pleine d’humanité, de tristesses et de joie. Ces chroniques témoignent de ce que les archives médicales et administratives ne peuvent pas transmettre : les détails des relations entre le personnel, les bénévoles et les résidents.

Je le dis tout de go : ce livre est et sera une source exceptionnelle pour l’histoire des émotions et de l’expérience d’un croyant québécois au 21e siècle dans le contexte de la vie dans un centre de soins de longue durée. Sur un plan plus personnel, il nous impose une réflexion bénéfique sur notre rapport à la vieillesse et à nos proches qui vivent ou vivront cette étape de vie. À lire.

Dominique Laperle

Référence : Pierrot Lambert, Au seuil du silence. Chroniques d’un séjour en CHSLD, Montréal, Novalis, 2024.