Source de l’image de couverture: Collections Sœurs Grises. 1974.A.025. Mère d’Youville par François Beaucourt de Malépart, 1792.

Par Dominique Laperle[1]

L’exploration de certains textes récents peut parfois laisser les historiens songeurs. En effet, on s’attendrait à ce que tous les chercheurs de la discipline effectuent un travail appuyé sur des sources de première main avant de publier. Pourtant, à l’heure de la démocratisation de la parole sur les réseaux sociaux (Twitter, TikTok, Facebook, etc.) et à la multiplication des pages personnelles de type blogue sur le web, on assiste à un éclatement inédit des points de vue qui carburent souvent aux émotions, aux exagérations grossières et aux émoticons. Cette tendance laisse peu de place à une lente et patiente élaboration d’arguments et de contre-arguments. Nous faisons aussi face à une divergence de points de vue entre anglophones et francophones.

J’ai récemment constaté une situation de ce genre qui n’est rien de moins que surprenante. Mes recherches portent depuis près de quinze ans sur les congrégations féminines au Québec. J’ai d’abord travaillé sur l’œuvre éducative des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie pour ensuite réfléchir sur leur réception du concile Vatican II et l’adaptation de leur charisme ainsi que de leur apostolat dans les années 1960[2]. J’ai élargi mon champ d’étude à d’autres communautés enseignantes comme la Congrégation de Notre-Dame, celles des Sœurs de Sainte-Croix et de Sainte-Anne. Dans ce processus, j’ai croisé aussi le cas des sœurs grises de Montréal.

Elles ne m’étaient pas inconnues. Avant de devenir un vingtièmiste par la force des choses, j’avais consacré un mémoire de maîtrise aux meuniers et aux moulins du district de Montréal à l’époque de la Nouvelle-France[3]. J’avais analysé les activités du moulin de l’île Saint-Bernard dans la seigneurie de Châteauguay qui leur appartenait. Je suis récemment revenu vers celles-ci. J’ai exploré le destin d’une religieuse active au Manitoba[4], puis je me suis consacré à l’évolution de leurs dévotions[5]. Le goût de travailler sur une périodisation plus large m’a replongé dans les sources du 18e et du 19esiècles. À travers ce processus, j’ai renoué avec la fondatrice, Marguerite d’Youville de la Jemmerais (1701-1771). Outre les biographies hagiographiques écrites par Étienne-Michel Faillon[6], Albertine Ferland-Angers[7] et celles de l’historienne de la congrégation, sœur Estelle Mitchell[8], les habitudes de recherche m’ont mené au gré des clics vers le Dictionnaire biographique du Canada (DBC)[9] et Wikipédia. C’est en fouillant la notice dédiée à mère d’Youville sur cette dernière encyclopédie que j’ai été frappé par un écart significatif entre les versions anglaise et française.

Le cas de Wikipédia et de ses sources

Alors que le DBC offre exactement la même version du texte dans les deux langues, les deux notices sur Wikipédia dédiées à la fondatrice des sœurs grises divergent sur certains aspects. En soi, si ce n’est que sur la forme, ce n’est pas vraiment grave. Les deux textes peuvent suivre des méandres différents, mais se rejoindre sur l’essentiel.

En gros, les deux notices résument bien les origines nobiliaires de la famille Dufrost de la Jemmerais, les odeurs de scandale autour du remariage de sa mère, Marie-Renée de Varennes, avec un roturier étranger (ce qui était inacceptable en termes de reproduction sociale et d’appartenance à une classe supérieure) et les effets délétères de cette décision sur les propres choix nuptiaux de Marguerite avec François-Marie d’Youville, marchand de fourrures et fermier, qui troquait illégalement de l’eau-de-vie avec les Autochtones. Union malheureuse aux dires de différents biographes, elle se retrouve veuve à 30 ans, cherche à se maintenir économiquement, tout en offrant à ses deux fils l’éducation nécessaire. En même temps, explique-t-on, elle se consacre de plus en plus à des actes de bienfaisance et à des dévotions. Elle forme une association séculière avec quelques filles et accueille des pauvres chez elles. Nous sommes en 1737, ce sont les débuts de l’œuvre de charité.

Une décennie plus tard, on lui confie l’Hôpital Général de Montréal, abandonné et en banqueroute totale. Grâce à une gestion serrée et à la hausse constante des entrées au sein de la nouvelle congrégation, l’œuvre persistera. Les deux notices brossent ensuite rapidement l’évolution de l’institut religieux, l’inscription de la fondatrice dans la toponymie québécoise et canadienne, sa canonisation et sa place au sein de l’Église catholique et de l’histoire des femmes. Dans ce genre de notice, le choix des mots est important, mais il est courant que des rédacteurs peu au fait du droit canon et de l’histoire religieuse utilisent des mots comme « ordre » plutôt que congrégation. Je ne m’attarderai pas sur ces détails. Mon propos porte plutôt sur le point 3 de la version anglophone.

Tableau 1 : Structure des notices

Structure de la notice en français[10]Structure de la notice en anglais[11]
1.     Biographie

1.1  Vie de famille

1.2  Responsabilité de l’Hôpital

2.     Postérité

2.1  Sœurs de la Charité de Montréal

2.2  Église catholique

2.3  Canada

3.     Notes

4.     Sources

5.     Voir aussi

5.1  Bibliographie

5.2  Liens externes

 

1.     Early Life and Marriage

2.     Grey Nuns of Montreal

3.     Slave Owner

4.     Legacy

5.     Final resting Place

6.     Recognition

7.     See also

8.     Notes

9.     References

10.  External links

 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_d%27Youville et //en.wikipedia.org/wiki/Marie-Marguerite_d%27Youville.

La question de l’esclavage

La parution du livre de Marcel Trudel sur l’esclavage en 1960[12] est une percée fondamentale sur le sujet. Avec une patience de moine, il a fait la recension de tous les esclaves de la colonie française et des décennies suivantes, sous le régime britannique, jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1834. Il dénombre 4185 esclaves dans la colonie durant la période[13]. On compte 1215 propriétaires francophones et 221 anglophones. Ils sont de tous les horizons socioprofessionnels, avec une nette prédominance chez les marchands et les élites politiques. L’Église n’est pas en reste. On parle d’une centaine d’individus, répartis de la manière suivante :

Tableau 2 : Esclaves détenus par l’Église

PropriétairesEsclavesPropriétairesEsclaves
4 évêques4Hôpital Général de Québec1
Jésuites46Hôtel-Dieu de Québec1
Récollets4Hôtel-Dieu de Montréal4
Séminaire de Québec31Congrégation de Notre-Dame2
Séminaire de Montréal2Hôpital-Général de Montréal3
4 prêtres séculiers8Mère d’Youville3 ou 4
Frères de la Charité1

Source : Marcel Trudel, Deux siècles d’esclavage…, p. 139.

Comme Trudel le souligne dans son ouvrage, parmi les congrégations religieuses féminines, ce sont bien les sœurs grises de l’hôpital Général de Montréal qui disposent du plus grand nombre d’esclaves, obtenus par des donations. Ceux qui sont rattachés personnellement à Marguerite d’Youville lui sont légués par son défunt époux. La notice française sur Wikipédia n’esquive pas le sujet. Elle et son mari « possédèrent plusieurs esclaves »[14]. « La fondatrice des sœurs grises pratiqu[ait] l’esclavage comme on le fai[sait]t dans la société et comme le f[aisaient] d’autres gens d’Église »[15].

Un constat comme celui-là peut entraîner bien des réflexions sur le concept de charité, de liberté et des vertus morales de l’individu. Dans l’état actuel des sources, on ne peut pas savoir si les esclaves de Marguerite d’Youville était mieux traités que ceux qui se trouvaient en dehors de l’Hôpital Général. Ils étaient considérés comme des biens meubles, une marchandise. En revanche, ils jouissaient, comme tous les autres, de certains privilèges.

En paraphrasant Trudel, on peut dire qu’ils étaient pour la plupart baptisés et que les propriétaires se réservaient souvent l’honneur de servir de parrain lors de l’événement qui était suivi par plusieurs témoins, ce qui en dit long sur l’intégration de ces individus dans les cercles familiaux. Ils recevaient le nom de famille du propriétaire, le mariage leur était permis et ils bénéficiaient des rites et d’une sépulture dans un cimetière. Ils pouvaient servir de témoins lors de mariage ou à l’occasion de procès. Enfin, en fin de vie ou lorsqu’ils étaient malades, ils se retrouvaient placés à l’Hôpital Général. Malgré une toute relative intégration sociale et familiale, ils demeuraient au bas de l’échelle sociale, à moins d’être affranchis. Un esclave reste un esclave.

Les distorsions

Plusieurs personnes ne tiennent compte que du dernier constat dans leur analyse. Ils ne considèrent pas les mentalités et les sensibilités des autres époques. Au lieu de nuancer et d’expliquer certains phénomènes, ils préfèrent marquer un rejet complet. La notice anglaise présente le fait de manière lapidaire :

D’Youville has been described as “one of Montreal’s more prominent slaveholders”. D’Youville and the Grey Nuns used enslaved laborers in their hospital and purchased and sold both Indian slaves and British prisoners, including an English slave which she purchased from the Indians. The vast majority of the “slaves” in the hospital were English soldiers and would be better described as prisoners of war. As described in “The Captors” Narrative: Catholic Women and Their Puritan Men on the Early American Frontier’: “These 21 men were not captive freeholders, resentful of their captors’ religion and longing to reestablish themselves at home. They were for the most part young soldiers, many of them conscripts, simply wishing to survive their captivity. However strange they may have found the community that held them and the woman who supervised them, they were probably relieved to find themselves in a situation that offered a strong possibility of survival. They knew their fellow soldiers to be dying in nearby prisons — places notorious for their exposure to the heat and cold and unchecked pestilence. As hard as they must have worked at Pointe-Saint-Charles, the men could easily have regarded their captivity at least as a partial blessing.”

[Ma traduction : D’Youville a été décrite comme « l’un des propriétaires d’esclaves les plus en vue de Montréal ». D’Youville et les Sœurs Grises utilisaient des esclaves dans leur hôpital et achetaient et vendaient à la fois des esclaves indiens et des prisonniers britanniques, y compris un militaire anglais capturé par des Autochtones qu’elle leur acheta. La grande majorité des « esclaves » de l’hôpital étaient des soldats anglais et seraient mieux décrits comme des prisonniers de guerre. Comme décrit dans The Captors’ Narrative : Catholic Women and Their Puritan Men on the Early American Frontier: « Ces 21 hommes n’étaient pas des journaliers ou des laboureurs captifs, mécontents de la religion de leurs ravisseurs et désireux se rétablir chez eux. Il s’agissait pour la plupart de jeunes soldats, dont beaucoup de conscrits, qui souhaitaient simplement survivre à leur captivité. Aussi étranges qu’ils aient pu trouver la communauté qui les détenait et la femme qui les supervisait, ils étaient probablement soulagés de se retrouver dans une situation qui offrait une forte possibilité de survie. Ils savaient que leurs compagnons d’armes mouraient dans les prisons voisines, des endroits connus pour leur exposition à la chaleur et au froid et aux miasmes incontrôlés. Aussi durs qu’ils aient dû travailler à Pointe-Saint-Charles, les hommes auraient facilement pu considérer leur captivité comme une bénédiction partielle.]

La notice laisse pantois. On se retrouve devant un amalgame d’idées qui vont bien plus loin que la stricte possession d’esclaves. On peut les résumer en trois thèmes :

  1. L’inscription de Marguerite d’Youville dans le réseau des grands propriétaires d’esclaves ;
  2. L’usage, l’achat et la vente d’esclaves par l’Hôpital Général de Montréal ;
  3. L’exploitation de prisonniers de guerre comme esclaves.

1. L’inscription de Marguerite d’Youville dans le réseau des grands propriétaires d’esclave

Marguerite d’Youville appartient par ses origines à l’élite nobiliaire de la colonie, et par son mariage, à la bourgeoisie marchande. Les de La Vérendrye, les Boucher de Boucherville ou de Niverville (le côté maternel), les You de la Découverte, les You d’Youville (son époux et sa famille) et les Gamelin (ses deux beaux-frères) possèdent des esclaves. Aucun d’eux ne s’insère pourtant dans la liste des trente plus grands propriétaires d’esclaves (10 à 30 esclaves) identifiés par Marcel Trudel[16]. Même s’il est clair que l’esclave est une figure coutumière dans l’environnement de Marguerite d’Youville, rien ne témoigne de son implication personnelle dans ce commerce. Elle ne fait pas partie des grands propriétaires d’esclaves.

2. L’usage, l’achat et la vente d’esclaves par l’Hôpital Général de Montréal

La consultation des sources d’époque est sans équivoque. Le Registre de l’entrée des Pauvres à l’Hôpital-Général de Ville-Marie[17], le Registre des Pauvres Décédez Dans L’hôpital Gnal De Montréal A Ville Marie, 1725[18], le Registre des sépultures, 1759-1776[19], les Livres des comptes[20] pour toute la période ainsi que l’Ancien Journal[21] ou les Annales des sœurs de la Charité de l’Hôpital-Général dites communément « sœurs grises » devraient nous permettre d’identifier tous les individus qui sont passés par l’institution, libres ou esclaves. Il n’y a aucune difficulté à suivre les registres et à y reconnaître des personnes soignées, tout comme les trois (3) donations d’esclaves identifiés par Trudel. Leurs mentions sont claires. On ne retrouve aucun marché d’esclaves à grande échelle impliquant l’Hôpital Général dans ces sources. Il s’agit d’ailleurs d’une transaction bien trop importante pour ne pas apparaître dans les registres comptables.

À la lumière de ces documents, la participation de l’Hôpital-Général à la traite des esclaves ne peut pas être démontrée. Comme le résume bien Marcel Trudel, « les esclaves sont plus nombreux dans les hôpitaux généraux, non pas que ceux-ci fassent commerce, mais parce que des propriétaires qui rentrent en France les y laissent en don ou y voient un refuge assuré aux esclaves dont ils n’ont plus besoin »[22]. C’est sans parler des nombreuses épidémies qui provoquent l’affluence de patients, y compris de nombreux esclaves. Bref, on maintient peut-être en captivité, mais on ne participe pas au trafic.

3. Les prisonniers britanniques

La mention d’esclaves anglais est le troisième aspect sur lequel il faut revenir. Même nuancée avec des guillemets sur Wikipédia, une telle interprétation demeure tendancieuse. La présence de prisonniers britanniques au sein de la colonie française n’est pas nouvelle. Elle se trouve documentée par de nombreux travaux d’historiens[23]. Peu importe où ces personnes sont logées, « il n’existe aucune ambiguïté quant à la propriété des prisonniers de guerre au milieu du XVIIIesiècle ; ils étaient incontestablement sous la responsabilité de l’État »[24]. Les récits de captivité sont trop nombreux pour en faire une liste exhaustive ici, mais comme le rappelle Louise Dechêne, les récits de captivité de nombreux prisonniers ne révèlent pas de comportements graves chez les Français[25]. Rien ne distingue le traitement des prisonniers anglais en Nouvelle-France des miliciens canadiens ou des réguliers français dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre. D’ailleurs, des écarts graves auraient été notés qu’ils auraient immanquablement entraînés des conséquences. Si Marguerite d’Youville s’est livrée à une exploitation éhontée des prisonniers britanniques, comment alors expliquer que le gouverneur militaire du district de Montréal, Thomas Gage, lui fasse un don de 288 livres durant le régime militaire ?[26] Le traitement des prisonniers de guerre à l’Hôpital Général de Montréal s’inscrit dans une trame qui se répète de conflit en conflit, en Amérique française ou anglaise[27].

Enfin, l’épisode de l’achat du prisonnier anglais cache une autre banalité : l’habitude de cet acte par les autorités coloniales[28], les familles canadiennes et les congrégations religieuses, notamment les Ursulines et la Congrégation de Notre-Dame[29]. Parmi les multiples raisons, notons les besoins de main-d’œuvre. Le cas de Jean Langlais illustre bien cette idée. Prisonnier, il devient infirmier payé par l’Hôpital Général. De telles mises au point ne sont guère difficiles à faire si l’on consulte les bonnes sources primaires et qu’on les croise avec des textes de spécialistes. Devant ces erreurs, on est en droit de s’interroger sur les sources qui soutiennent la notice.

 

Hopial-Général des Frères Charon

ASGM L001_01 Hôpital général Frères Charon de 1693, Façade, sans date.

 

Les sources derrière la notice anglaise de Wikipédia

Trois sources sont citées dans le paragraphe Slave Owner de la notice :

  • James W. St. G. Walker, “Race”. Rights and the Law in the Supreme Court of Canada: Historical Case studies, Waterloo, Wilfrid Laurier University Press, 1997.
  • William H. Foster, The Captors’ Narrative: Catholic Women and their Puritan Men om the Early American Frontier, Ithaca, Cornell University Press, 2003
  • Robert Everett-Green, “200 years a Slave: the Dark Captivity in Canada”, The Globe and Mail, 28 février 2014.

Il faut bien admettre que ces références se déclinent sous un jour positif. D’abord, les deux premiers textes proviennent de deux maisons d’édition universitaires reconnues, l’une canadienne, et l’autre, américaine. Le troisième texte provient des pages du quotidien le plus important du Canada anglais. Les auteurs ne sont pas des novices sur le plan de la réflexion intellectuelle et de l’écriture. Le premier, James W. St G. Walker est un historien spécialiste des questions raciales et des droits de l’homme. Il est professeur à l’Université de Waterloo, membre de la Société royale du Canada et l’Ordre du Canada[30]. Le second, William H. Foster, est historien et professeur au Collège Homerton de l’Université de Cambridge[31]. Robert Everett-Green, quant à lui, est présenté comme un ancien journaliste et membre de l’administration du Globe and Mail. Il a aussi publié de nombreux articles sur les arts visuels, la musique et des œuvres de fiction[32]. De tels états de service règlent-ils la question ? Pas vraiment.

1. James W. St. G. Walker

La notice encyclopédique reprend une idée formulée comme suit dans le livre du professeur Walker :

Slavery was an acceptable and respectable institution in the ancient regime: Mother Marie-Marguerite d’Youville, founder of the Sisters of Charity was one of Montreal’s more prominent slaveholders, a fact that did not interfere with her canonization in 1990[33]

[Notre Traduction : L’esclavage était une institution acceptable et respectable sous l’Ancien Régime : mère Marie-Marguerite d’Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité, était l’une des esclavagistes les plus en vue de Montréal, ce qui n’a pas nui à sa canonisation en 1990]

La note infrapaginale 74 qui lui est associée réfère uniquement à l’événement de la canonisation. Aucune source primaire n’est utilisée. La première partie de la phrase est juste. En revanche, d’où l’auteur tire-t-il le reste de l’idée sur la prééminence de Marguerite d’Youville dans les cercles esclavagistes ? Impossible de le savoir. La haute autorité qu’incarne le professeur Walker s’impose et les lecteurs prennent l’idée telle quelle, sans la vérifier.

2. William H. Foster

Le cas de Foster est plus complexe. Un chapitre complet de son livre est consacré à Marguerite d’Youville et à l’Hôpital Général de Montréal[34]. L’extrait cité dans la notice Wikipédia anglaise est d’abord mal identifié. Il s’agit d’une citation de la page 103 plutôt que 104. Toutefois, le problème est plus profond que les sentiments supposément vécus par ces jeunes recrues britanniques sous la férule des religieuses. Compte tenu de l’espace qui m’est imparti, il n’est pas possible de faire ici une critique de fond sur les catégories d’analyse et toutes les idées que le professeur Foster distille dans le chapitre. On peut toutefois signaler que sa thèse repose sur l’idée que la fondatrice des sœurs grises et l’Hôpital Général ont rentabilisé leur capacité d’assistance sociale et médicale auprès de la population civile de la colonie grâce à l’exploitation des patients[35]. Ces « ouvriers forcés » se composaient de condamnés des deux sexes, d’esclaves autochtones, d’engagés canadiens, et surtout, d’au moins vingt-sept soldats britanniques faits prisonniers pendant la guerre de Sept Ans[36].

Foster répète deux idées de manière récurrente : premièrement, l’application d’un maternalisme autoritaire sur tous les sujets de l’Hôpital a permis la production d’un travail rentable, au détriment même de la mission de la charité et parfois de la santé de ces personnes[37]. En filigrane de cette idée se superpose l’image d’une supérieure générale guidée par l’expérience commerciale et esclavagiste de sa famille et par l’exercice d’un pouvoir fort sur sa congrégation ; deuxièmement, l’Hôpital est le lieu de l’assujettissement des soldats au rang de quasi-esclave, à travers la négation de leur masculinité et de leur individualité[38]. Bref, rien de moins qu’une servitude abrutissante exercée par une gynocratie pugnace.

Une meilleure contextualisation de la longue période des conflits coloniaux qui va de 1744 à 1763 aurait permis de situer certains éléments, notamment sur le plan démographique, avec la rareté et la cherté de la main d’œuvre. Une simple lecture des grands travaux français et québécois sur les Hôpitaux Généraux et l’enfermement sous l’Ancien Régime aurait aussi évité des distorsions[39]. Ces institutions, toutes créées sur le modèle parisien (1656), possèdent, il est vrai, un côté répressif et correctionnel. Originalement, on voulait procéder au grand renfermement des pauvres et des déviants. Ces individus pouvaient se régénérer à travers le travail qui devait, selon des règles connues et appliquées partout dans ce genre d’institution, rapporter des subsides. On y retrouve aussi des soldats impotents français ou des prisonniers. Le cas de l’Hôpital Général de Montréal n’a rien d’exceptionnel. Outre les prisons, les soldats prisonniers se répartissent dans plusieurs institutions religieuses, dans des résidences privées ou sur les terres seigneuriales. Contre nourriture, logement et parfois salaire, on leur demande de travailler. Certes, ce travail bénéficie à l’Hôpital. Néanmoins, malgré une bonne gestion, les registres de comptes démontrent un équilibre financier plus que précaire et l’institution perd près de 80 000 livres après la guerre en raison de la dévaluation de l’argent papier[40]. Par son choix de vocabulaire, la répétition du concept d’exploitation et l’attribution du vocable « d’esclave » à la majorité des individus logeant à l’Hôpital Général, on se prend à y voir une sorte de république gynocratique concentrationnaire. Enfin, que dire de plus si ce n’est que l’auteur n’a utilisé que des sources secondaires traduites et anciennes. Il réfère plusieurs fois à l’Ancien Journal, mais le fait en utilisant toujours la même page.

3.  Robert Everett-Green

L’article du Globe and Mail[41] évoque le choc, pour de nombreux Canadiens, de la découverte récente de la pratique d’une telle activité au pays. L’auteur construit son texte autour de la parution de la traduction anglaise de l’ouvrage de Marcel Trudel, deux ans après la mort de l’historien[42]. Le journaliste se méprend toutefois lorsqu’il mentionne que le livre a provoqué un scandale qui a fatalement imposé le départ de l’historien de l’Université Laval vers l’Université d’Ottawa. Certes, des membres du clergé furent froissés, mais c’est moins la reconnaissance de l’implication du clergé dans le réseau des propriétaires d’esclaves que les prises de position favorables à la laïcité de Trudel, au début des années 1960, qui en furent la cause. Du reste, le livre se mérita le prix Casgrain en 1961 et ne suscita, dans les revues spécialisées du moins, qu’un seul compte-rendu positif[43].

Everett-Green mentionne que les propriétaires d’esclaves se trouvaient dans toutes les classes de la société, mais ne donne que deux exemples : celui de James McGill et de Marguerite d’Youville. Ce faisant, en ne nommant que ces deux personnes bien connues du public et non celles qui se retrouvent parmi la trentaine de grands propriétaires, l’auteur fait l’impasse sur des exemples plus parlants. Le négociant John Askin possédait 23 esclaves, alors que l’officier Luc Lacorne Saint-Luc en avait 24[44], mais ils ne seraient guère demeurés dans la mémoire des lecteurs. De plus, en revenant une seconde fois sur d’Youville à travers un procès dont le résultat reste inconnu parce que perdu, l’auteur contribue, sans nécessairement le vouloir, à maintenir une image négative de la fondatrice des sœurs grises.

Conclusion

Le but de ce texte n’est pas de nier que l’Hôpital-Général et Marguerite d’Youville possédèrent des esclaves. C’est un fait avéré et documenté par les archives des sœurs grises et par les travaux d’historiens, particulièrement ceux de Marcel Trudel. Cependant, dans le contexte actuel qui voit l’atomisation des opinions et la multiplication des fausses nouvelles, le rôle de l’historien est de proposer justement les nuances nécessaires afin d’interpréter, de contextualiser et de comprendre de tels phénomènes. Ce qui se démarque de l’analyse des deux notices, c’est d’abord l’impact du choix des mots qui induisent des perceptions durables. N’importe qui peut apporter sa contribution aux différentes entrées de l’encyclopédie en ligne Wikipédia, mais elles ne sont pas produites simultanément en plusieurs langues. On peut donc voir des écarts importants d’une langue à l’autre et le cas de Marguerite d’Youville est patent à cet égard.

Ce qui apparaît plus troublant, c’est que des références qui apparaissent sûres, je parle ici d’extraits tirés de livres universitaires ou écrits par des spécialistes, peuvent contenir les inexactitudes à l’origine du problème. Aucune de ces références ne recourt aux sources primaires et à l’historiographie francophone récente. Enfin, pourquoi un tel acharnement sur d’Youville ? Après tout, bien d’autres femmes de l’élite comptèrent des esclaves. J’avance ici que son statut de supérieure générale des sœurs grises et de sainte au sein de l’Église canadienne n’est pas pas étranger au problème[45]. Il faut donc continuer à intervenir sur la place publique et à corriger les analyses tronquées et les jugements péremptoires par notre travail. Certains diront que les gens n’écouteront ou ne liront pas plus. Cela devrait donc nous retenir ? Il y a plus de 60 ans, Marcel Trudel terminait un texte par un commentaire prophétique et un rien d’irrévérencieux :

L’esclavage est un état qui nous répugne profondément aujourd’hui… Nous nous étonnons que l’Église canadienne ait non seulement laissé faire, mais même encouragé par l’exemple de plusieurs de ses membres l’esclavage… Cet étonnement est un anachronisme, car nous sommes du 20e siècle. Pour comprendre l’histoire de l’esclavage au Canada français, nous devons nous replacer dans le XVIIIe siècle alors que l’esclavage est un fait social qui n’a rien d’anormal ; que sa pratique, loin de discréditer son propriétaire, l’élève plutôt dans la société puisque l’esclave est un signe extérieur de richesse ; et qu’une loi civile ni ecclésiastique n’empêche un prêtre [et des religieuses] d’en profiter. S’étonner ? Se scandaliser ? Il faudrait, commettant le même anachronisme, reprocher à nos ancêtres d’avoir pris trois mois à franchir l’Atlantique sous prétexte que nous n’y mettons plus que six heures.[46]

 

[1] Je remercie Sébastien Lecompte-Ducharme pour ses commentaires sur une version préalable du texte.

[2] Dominique Laperle, Entre Concile et Révolution tranquille: Les religieuses au Québec, une fidélité créatrice. Montreal : Mediaspaul, 2015.

[3] Dominique Laperle, Le grain, la meule et le vent. Le métier de meunier à l’époque de la Nouvelle-France. Québec : GID, 2003.

[4] Dominique Laperle, « Le destin d’une sœur grise de Montréal dans la Prairie: Contribution d’une « vie » anonyme au débat sur l’approche biographique en histoire », Études d’histoire religieuse 85 : 39–58. https://doi.org/10.7202/1064564ar.

[5] Dominique Laperle « Lived Religion among Montreal’s Grey Nuns during the Vatican II Era: A Subject of Debate », Religions, vol. 12, no. 4: 226 (2021). https://doi.org/10.3390/rel12040226

[6] Étienne-Michel Faillon, Vie de madame d’Youville, fondatrice des Sœurs de la charité de Villemarie dans l’île de Montréal, en Canada. Villemarie [Montreal] : Sœurs de la Charité, 1852.

[7] Albertine Ferland-Angers, Mère d’Youville, vénérable Marguerite du Frost de La Jemmerais, veuve d’Youville, 1701-1771, fondatrice des Sœurs de la charité de l’Hôpital-général de Montréal dites Sœurs grises. Montreal : Beauchemin, 1945.

[8] Estelle Mitchell, Elle a beaucoup aimé: Vie de sainte Marguerite d’Youville, fondatrice des Soeurs de la Charité, Sœurs grises, 1701-1771. Montréal : Sœurs grises de Montréal, 1959; L’hôpital général des sœurs de la Charité de Montréal, Sœurs grises. Montréal : Méridien, 1981; The spiritual portrait of Saint Marguerite d’Youville 1701-1771. Montréal : Sœurs grises de Montréal, 1993.

[9] Claudette Lacelle, « DUFROST DE LAJEMMERAIS, MARIE-MARGUERITE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003, consulté le 3 mars 2022, http://www.biographi.ca/fr/bio/dufrost_de_lajemmerais_marie_marguerite_4F.html.

[10] , « Marguerite d’Youville »https://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_d%27Youville, consulté le 28 février 2022.

[11] , « Marie-Marguerite d’Youville »https://en.wikipedia.org/wiki/Marie-Marguerite_d%27Youville, consulté le 28 février 2022.

[12] Marcel Trudel, L’esclavage au Canada français. Histoire et conditions de l’esclavage. Québec : Presses de l’Université Laval, 1960. L’ouvrage a été repris sous le titre Deux siècles d’esclavage au Québec, suivi du Dictionnaire des esclaves et leurs propriétaires au Canada français (sur CD-ROM). Montréal : Hurtubise HMH, 2004 [+ CD-ROM]. C’est cette dernière version que nous avons utilisée.

[13] Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec, p. 90.

[14] https://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_d%27Youville.

[15] Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec, p. 139.

[16] Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec, p. 140-141.

[17] Archives des Sœurs Grises de Montréal (désormais ASGM), G02,B,1,06 Registre de l’entrée des Pauvres à l’Hôpital Général de Ville-Marie, 1694-1796

[18] ASGM, G02,B,1,21 Registre des Pauvres Décédez Dans L’hôpital Gnal De Montréal A Ville Marie, 1725-1795.

[19] ASGM, G02,B,8,02 Registre des sépultures, 1759-1776.

[20] ASGM, G04,C,2,1,01 Recettes et dépenses, 1747-1779.

[21] ASGM, Ancien Journal No.I, 1688-1857.

[22] Marcel Trudel,  Mythes et réalités dans l’histoire du Québec. Montréal : Hurtubise HMH, 2001, p. 186.

[23] Guy Frégault, La Guerre de la Conquête. Montréal : Fides, 1975; Fred Anderson, Crucible of War. New York : Vintage Books, 2000; Karine Bellerose, Les captifs britanniques en temps de guerre en Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles : Étude socio-politique et militaire, m.a. (histoire), Ottawa : Université d’Ottawa, 2006; Louise Dechêne, Le peuple, l’État et la guerre au Canada sous le Régime français. Boréal : 2008; Ian K. Steele, Setting all the Captive Free : Captures, adjustment, and recollection in Allegheny Country. Montréal/Kingston : McGill-Queen’s University Press, 2013; René Laliberté, « Prisonniers de guerre et captivité militaire à l’époque de la Guerre de Sept ans. Perspectives historiques et éléments de compréhension », dans Chloé Chevarie-Poirier et al. (dir.), Actes du 18ecolloque international étudiant du Département des sciences historiques de l’Université Laval, 21 au 23 février 2018, Québec, Artefact, 2019, p. 111-130.

[24] Laliberté, Prisonniers de guerre », p. 121.

[25] Dechêne, Le peuple, l’État et la guerre, p. 446.

[26] Marcel Trudel, « Le destin de l’Église sous le régime militaire », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 11, no 1 (1957), p. 17.

[27] Bellerose, Les captifs britanniques en temps de guerre, 2006.

[28] Rapport de l’archiviste de la Province de Québec (RAPQ), 1927-1928, p. 125; Journal de Bougainville, RAPQ, 1923-1924, p. 260; Vaudreuil à Lévis, 26 juillet 1756, 14 août 1756, 12 septembre 1758, dans Henri-Raymond Casgrain, dir., Collection des manuscrits du maréchal de Lévis : lettres du marquis de Vaudreuil au chevalier de Lévis. Québec : Demers et frère 1895 vol. XVIII, p. 15, 26, 55; René Laliberté, La France et la gestion des prisonniers de guerre pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) : Trois échelles du système de captivité militaire, m.a. (histoire), Québec : Université Laval, 2021.

[29] Bellerose, Les captifs britanniques en temps de guerre, p. 149-150.

[30] https://www.balsillieschool.ca/people/james-w-st-g-walker/, consulté le 5 mars 2022.

[31] https://www.hist.cam.ac.uk/people/dr-william-foster, consulté le 5 mars 2022.

[32] https://revuecircuit.ca/auteurs/everettgreen_ro/; https://www.cormorantbooks.com/robert-everett-green, consulté le 5 mars 2022.

[33] James W. St. G. Walker, « Race ». Rights and the Law in the Supreme Court of Canada: Historical Case Studies. Waterloo: Wilfrid Laurier University Press, 1997, p. 137.

[34] Voir le chapitre 3 “The Hospital: Paradoxes of the Grey Sisters” dans William Henry Foster, The Captors’ Narrative. Catholic Women and Their Puritan Men on the Early American Frontier. Ithaca: Cornell University Press, 2003, p. 90-106 et 188-189.

[35] Foster, William Henry, The Captors’ Narrative, p. 90.

[36] Ibid., p. 91.

[37] Ibid., p.98.

[38] L’auteur s’attarde longuement sur l’attribution du patronyme « Langlais » à tous les sujets (p. 101). Ne serait-ce pas tout simplement une manière de simplifier des noms difficiles à prononcer avec une touche de patriotisme en temps de guerre? La question est ouverte.

[39] Marie-Claude Dinet-Lecomte, 1999. « Les hôpitaux sous l’Ancien Régime : des entreprises difficiles à gérer?», Les Annales. Histoire, économie & société, vol. 18, no 3, p. 527-545; Serge Lambert, Entre la crainte et la compassion. Les pauvres à Québec au temps de la Nouvelle-France. Québec : GID, 2001; Pascal Even, « Le travail dans les hôpitaux généraux sous l’Ancien Régime, l’exemple de La Rochelle», dans Le travail avant la révolution industrielle. Actes du 127e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Le travail et les hommes », Nancy, 2002. Paris : Editions du CTHS, 2006. pp. 315-324; Marie Claude Dinet-Lecomte, « Du « bon usage » de la clôture et de l’enfermement dans les établissements charitables aux xviie et xviiie siècles », Histoire, économie & société, 24, p. 355-372.  https:// doi.org/10.3917/ hes. 053.0355; Christine Peny, « Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) », Revue d’histoire de la protection sociale, 4, (2011), p. 9-23. https://doi.org/ 10.3917/ rhps. 004.0009; Olivier Ryckebusch, « Un établissement hospitalier au siècle des Lumières : l’hôpital général de la Charité de Dunkerque (1737-1790) », Revue du Nord, 415, (2016), p. 307-351.  https://doi.org/ 10.3917/ rdn.415.0307; Olivier Ryckebusch, Les hôpitaux généraux du Nord au siècle des Lumières (1737-1789) [en ligne] Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2017 (généré le 05 mars 2022) : <http://books.openedition.org/septentrion/17060>.

[40] Marcel Trudel, « Le destin de l’Église sous le régime militaire », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 11, no 1 (1957), p. 17.

[41] Robert Everett-Green, «200 Years a Slave: the Dark History of Captivity in Canada», The Globe and Mail, 28 février 2014.

[42] Marcel Trudel, Canada’s Forgotten Slaves. Two Hundred Years of Bondage. Montréal: Véhicule Press, 2013.

[43] Voir le compte-rendu très favorable de Jean Hamelin dans Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 14, no 4 (1961), p. 602-605.

[44] Trudel, Deux siècles d’esclavage au Québec, p. 140-141.

[45] Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas questionner le processus de canonisation et comprendre quelles furent les réactions au sein des porteurs successifs du dossiers sur ce sujet. À titre comparatif, j’ai fait partie d’une commission historique sur la cause du frère Flavien Plante lancée par l’évêque de Chittagong, au Bengladesh. Nous étions quatre à éplucher tous les dossiers des archives de la congrégation de Sainte-Croix. La moindre découverte d’un sujet chaud quelconque aurait entraîné automatiquement un avis défavorable de la commission.

[46] Marcel Trudel, « L’attitude de l’Église catholique vis-à-vis l’esclavage au Canada français », Report of the Annual Meeting / Rapports annuels de la Société historique du Canada, vol. 40, no 1 (1961, p. 28–34. https://doi.org/10.7202/300579ar